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Source AFP

 

G 155 - 24/01/09

Afghanistan – « Nouvelle génération » de talibans et changement de cap de la politique de Washington ?

Bouh Warsama


A consulter des années plus tard les déclarations des supposés « experts » de l’administration de Georges W Bush, à la fin de l’année 2001 « la guerre en Afghanistan n’était qu’une affaire de quelques semaines».


Délogés puis écartés de tous les pouvoirs par une coalition militaire américaine ,
qui venait non point pour « établir la démocratie… » à Kaboul et dans tout le pays mais pour « protéger » les seuls intérêts US – présents et à venir – dans la région, les talibans étaient considérés alors comme finis. Laminés par le dominant « rouleau compresseur » que constitue la puissance de la ...soldatesque outre atlantique.

Donnés pour trépassés – au point que certains experts du Pentagone attestaient que « dans quelques mois …plus personne n’entendra plus parler d’eux… » - les talibans n’en sont pas restés là et se sont reconstitués pour revenir sur le devant de la scène.
Il est vrai remis en selle, portés par des réseaux étrangers avec l’émergence d’une nouvelle génération de combattants formés dans les conditions les plus dures aux techniques de la guerre subversive tout comme aux embuscades sur un terrain très accidenté qu’ils connaissent quasi parfaitement.

A cela s’ajoute le fait que cette nouvelle génération de jeunes talibans est animée d’un esprit revanchard et s’est mobilisée contre « l’envahisseur ».

Depuis leurs refuges, notamment pakistanais, ils ont pu se regrouper et recruter avec de nouveaux discours mobilisateurs, y compris sur le net  ; mais aussi de l’argent et des armes fournies par leurs alliés, dont l’omniprésent réseau Al Quaïda. Jusqu’en 2001, c’était un puissant mouvement nationaliste qui pouvait prendre le pouvoir et stabiliser, à sa manière, l’Afghanistan après la guerre des années 90.

Depuis, la plupart de leurs leaders ont infléchi leur stratégie et se sont mués en islamistes radicaux qui voient bien au-delà des seules frontières de l’Afghanistan. Entrant dans la « grande croisade anti US », leur but est maintenant de combattre tous les intérêts américains dans le monde entier - quels qu'ils soient - et non plus seulement en Afghanistan, tout comme le fait Al Quaïda.

Par évidence, le déploiement de dizaines de milliers de militaires occidentaux depuis 2001a aidé les talibans à recruter une nouvelle génération d'hommes pour, à partir d'un slogan maintes fois ressassé, combattre contre « l’occupation de leur terre islamique » par des « infidèles ».


- Afghanistan, terreau de l’illettrisme et de la misère entretenue

En dehors de toute logique humanitaire, les villages démunis de l’intérieur du pays sont ceux qui ont le moins bénéficié des milliards de dollars US d’aides internationales affectées au pays depuis 2001.

Dès lors, on peut comprendre ce qu’est tous leurs ressentiments profonds depuis 8 années, ajouté à l’absence localement de forces militaires ou policières afghanes. Ceci a donc généré un réservoir de jeunes pas forcément illettrés mais désargentés et avides de s'exprimer  ; jeunes hommes conditionnés et mûrs pour être enrôlés par les talibans qui focalisent leurs discours sur le combat à mener pour chasser les occupants…

Les experts occidentaux décrivent souvent et pour leur part une galaxie rebelle divisée entre une base de radicaux islamistes sous influence d’Al Quaïda, d’autre part des bandes de mercenaires dénommés les « fusils à louer » et des mafias très puissantes ; prêtes à s’allier avec quiconque tout comme à se combattre entre elles pour autant qu’on les paie à hauteur de leurs ambitions….. Mafias qui règnent sur le commerce de la drogue, qui en tirent d’énormes profits et prospèrent grâce à l’instabilité des régions de l’intérieur.

Les Talibans sont estimés à 20 000 par les services secrets US.

On peut toutefois s’étonner que bien que se réclamant d’un Islam originel, l'émergence d'une génération de talibans moins idéologisée est moins réticente à utiliser des méthodes de combat ou de financements considérées comme non islamiques, tels que les attentats suicides qui tuent des civils – femmes et enfants – et le trafic de drogue qui – quant à lui – est puni de la peine de mort en Iran…..

Attentats suicides et trafics de drogue qui confirment, sans aucun doute, l’influence que peut avoir Al Quaïda sur les nouvelles générations de talibans.


- Afghanistan – Changement de cap de la politique de Washington ?

Changement ? On oserait dire « Wait and see !!! » alors que le nouveau président des USA - M Barak Obama - a promis le désengagement américain en Irak…pour se focaliser davantage sur l’Afghanistan en mettant les alliés de l’OTAN à contribution ou à renforcer leur présence militaire. Pourquoi et pour quelle politique  ?

La guerre d’Irak a fait – directement et indirectement – des centaines de milliers de morts parmi la population locale et englouti des milliards de dollars depuis 2003.
Elle n’a jamais été une guerre contre le terrorisme des extrémistes islamiques malgré les allégations trompeuses d’un Georges W Bush dans ses discours.

La terreur, alimentée par un fanatisme extrémisant qui n’a rien à voir avec les préceptes de l’Islam – sous couvert d’une résistance à l’occupant – s’est installée dans le pays après l’invasion américaine, et seulement après ; avec des attentats devenus presque quotidiens au fil du temps.


- L’Irak – Le miroir aux alouettes alors que bon nombre de trusts US s'y sont enrichis un peu plus et continueront de le faire aussi longtemps que durera l’occupation américaine.


Certains experts n’hésitent pas à affirmer que l’invasion de l’Irak et son occupation par les forces américaines serait en fait une opération écran – néanmoins très lucrative – servant à faire passer au second plan dans les esprits… « accepter et digérer » par l’opinion publique américaine et occidentale une guerre en Afghanistan et une lutte en faveur de l’élimination des talibans.
Une guerre en Afghanistan s’avérant être bien plus difficile que ne le pensaient initialement les « stratèges » de Washington, d'où le repli stratégique US abandonnant l'Irak car ne pouvant pas se permettre d'entretenir plusieurs conflits.

En Afghanistan, la situation semblait militairement stable en fin d’année 2001 après l’écroulement éclair du régime extrémisant du mollah Omar grâce à une opération américano-britannique menée en appui aux troupes de l’Alliance du nord.

Une force de paix – l’ISAF – aujourd’hui placée sous commandement de l’OTAN et qui devait assurer le « maintien de l’ordre », tandis que les « commandos d’Enduring freedom » et l’aviation pourchassaient ceux que l’on pensait être les derniers talibans ; avec l’espoir aussi d’éradiquer Al Quaïda et de mettre la main sur un Ben Laden « l’anguille ».

Cette politique a échoué. Les néo talibans de nouvelle génération sont plus actifs que jamais, recrutant à tour de bras au sein de tous les « djihadistes » du monde musulman et utilisent les zones tribales du Pakistan comme base arrière et terrain d’entraînement pour les jeunes recrues.

C’est là que se trouve le plus grand danger car déjà en proie à l’extrémisme pseudo islamisant, secoué par les attentats et une instabilité politique chronique, le Pakistan pourrait basculer un jour prochain sous les provocations dont les attentats de décembre dernier à Bombay (en Inde) sont un exemple… et vraisemblablement un terrain d’essai…pour un avenir proche. Quelques hommes sacrifiés dans les prises d'otages de Bombay afin de mesurer la capacité et l'efficacité de réaction du gouvernement de l'Inde.


- Une nouvelle guerre indo-pakistanaise serait un cauchemar


Une nouvelle guerre indo-pakistanaise serait un cauchemar pour le monde car les deux pays possèdent l’arme nucléaire ; alors que d’autres intérêts sont également en jeu.
En tout premier lieu, on faitle constat que les Chinois sont bien installés en Afghanistan où ils y exploitent le cuivre ; ils y construisent les lignes de chemin de fer et prospectent le pétrole.

Et pourtant, ils ne semblent pas être inquiétés par les Talibans présents dans les trois quart du pays.
Aucun attentat n’ayant semblé s’attaquer directement aux Chinois et à leurs intérêts, ceci pourrait paraître curieux et laisser à penser qu’il pourrait y avoir un pacte….

Par ailleurs, une nouvelle politique américaine en Afghanistan ne peut se limiter au seul aspect militaire.
Les dizaines de milliards de dollars d’aide internationale – fournis à Kaboul depuis fin 2001 – se sont évaporés dans la corruption, au profit des dignitaires du régime et….de sociétés occidentales qui ont su parfaitement exploiter cette manne providentielle en frais d’expertises, d’expertises sur expertises, de consultations et de conseils…et de conseils sur expertises après consultations………..Oui, vous avez compris ces sociétés là ce sont faites du fric, beaucoup de fric sur le dos des populations afghanes!


- Afghanistan et immobilisme entretenu !


En fait l’Afghanistan n’a guère évolué depuis 2001 si ce n’est que l’on y boit bien plus de Coca Cola qu’à cette époque..........

Le pays à théoriquement un président « démocratiquement » élu – Hamid Karzaï – mais sans véritable pouvoir en dehors des limites du jardin qui entoure sa résidence.
Quant aux « Seigneurs de la Guerre », qui sont théoriquement désarmés …, ils gardent chacun dans leur fief la véritable autorité.
Et cela qui bloque le pays alors que les choses ne sont pas prêtes de change car les tribus qui votent sur ordre devraient réélire Karzaï à la présidence le mois prochain. Ce dernier restera un président fantoche à la tête du pays et à la merci de ses protecteurs, souvent mafieux et trafiquants d’opium ; opium dont l’Afghanistan est le premier producteur mondial.

L’argent de la drogue profite autant aux « Seigneurs de la Guerre » qaux Talibans, aux hauts fonctionnaires et aux membres du Gouvernement.
Quant aux militaires de l’ISAF, ils ont comme stricte consigne de ne pas aller « renifler » d’un peu trop près les champs de pavot….et surtout de ne pas de les toucher.

On peut donc en déduire que « guerroyer » efficacement contre les Talibans n’a de sens et ne pourrait être efficace que s’il existe un véritable Etat avec des lois établies et respectées.
Or cet Etat là est encore à créer après 8 années d’occupation du pays par les forces US et plus modestement par celles de l’OTAN.
L’administration Bush s’était volontairement contentée du docile Karzaï alors qu'en Irak et en Afghanistan l'industrie et les sociétés américaines ont fait de « très bonnes affaires ! »

Sans Etat digne de ce nom et de préférence véritablement fédéral en raison des nombreuses ethnies qui composent et … « animent » l’Afghanistan, le développement économique est tout simplement impossible.
Sans avenir économique, plus de 70% d’Afghans continueraient de vivre sous le seuil de pauvreté fournissant tout au plus des recrues aux Talibans, à l’armée régulière afghane ou aux deux en même temps comme cela se fait en Irak.
Observons que les Forces de Sécurité, encadrées et formées par les Occidentaux sont largement infiltrées par les Talibans.

Créer cet état afghan en le protégeant durant toute sa croissance – donc ne pas se limiter à la méthode BUSH – est le but poursuivi par Barack Obama.

Il reste à savoir si l’Union Européenne est sur la même longueur d’onde que le nouveau président des Etats-Unis d’Amérique ?
Car, sur le fond, ce sont assurément les intérêts américains qui sont défendus en Afghanistan, et rien d’autre !